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    Katiouchka

    Katiouchka est partie. Sans trop prévenir ou peu, on y croyait sans y croire et tant de souvenirs ont resurgit...Cathy était membre du CA de l'association Du Pain et des Roses, créée en même temps que La Clémenterie, en 2008.

    Elle était surtout notre amie, compagne des jours fastes de ces deux associations, reine des bonnes blagues et des réunions nécessaires.

    Notre tristesse est sans fin, sans mots.

     

    Katiouchka

    création de l'association Du Pain et des Roses. 2008.


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  •  « Dans un opaque marécage, agissant quelque part entre la drague, les insultes ou encore le harcèlement sexuel, certains hommes en effet s’en prennent de façon plus ou moins vulgaire et équivoque aux femmes qu’ils rencontrent. » Natacha Henry ajoute « La tolérance sociale a toujours laissé faire, obligeant mêmes les femmes à trouver cela drôle et sympathique ».

     

    Plus que de faits individuels, il s’agit bien d’une des manifestations de l’asymétrie des rapports sociaux de sexes, du système de genre et du sexisme (« le fait d’insinuer à une femme, une collègue ou une inconnue, qu’elle avant tout est sexuellement une femme, c’est du sexisme ») qui vertèbre nos sociétés.

     

    L’auteure utilise le terme de paternalisme lubrique, pour décrire ce véritable phénomène social, qui ne saurait être assimilé à « une activité à valeur anecdotique ». C’est bien « l’accumulation d’incidents à la fois quasi invisibles et publics d’hommes envers des femmes » qui « perpétue une configuration dominant/dominée ».

     

    Ce que certains, les hommes, décrivent comme des blagues, de la dragouille, etc, relève d’une « attention sexuelle non sollicitée ».

     

    L’ouvrage est divisé en cinq partie :

     

    1. « Ce que l’on sait des attitudes sexuelles non sollicitées ». L’auteure traite de la drague, des insultes et des injures sexistes et de tout ce qui tourne autour des notions de harcèlement. A l’inverse des dragueurs qui « se croient autorisés par leur sexe à pénétrer dans votre monde, votre sphère, votre solitude » Natacha Henry rappelle que « Un joli mot alors sur les hasards privilégiés où les charmes chatouillent les sens. Où, dénuée de conflits larvés, l’ambiguïté remplit l’espace. Les femmes expérimentent comme les hommes la rencontre troublante, y compris dans le monde du travail ». Puis elle spécifie les différents harcèlements : le harcèlement machiste, le harcèlement sexue l et son cadre juridique étroit, ce harcèlement sexuel constitué « de paroles, de mots qui vous appuient sur le plexus », le harcèlement moral et le harcèlement de rue, en soulignant à la fois son caractère violent « parce qu’il est continu et agressif, hostile » et déstabilisant « Pour les femmes dont on  violé l’espace mental intime, le risque de violence physique n’est alors pas « C’est la récurrence des pratiques et propos machistes qui nuit à notre liberté »très loin ». L’auteure termine ce  chapitre par « La tolérance sociale qui colle les fautes sur les épaules féminines n’a que trop duré. On a le droit de se promener dans la rue à toute heure sans que quelque prédateur tout-puisant brise notre ch emin. » Sur ce sujet, j’indique le livre de Marylène Lieber : Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question (SciencesPo. Les Presses, Paris 2008)  Rappels à l’ordre sexué


     

    1. « Le paternalisme lubrique » qui exprime « le mélange de domination subtile et de sexualisation forcée ». L’auteure analyse les conséquences du langage, du poids des mots, de la vulgarité, de la combinaison de la déstabilisation pour l’une et de la domination pour l’autre, la violence symbolique. Je signale une réponse plaisante au « mal baisée » page 51, mais qui n’aurait peut-être pas le même sens sous la plu « C’est la récurrence des pratiques et propos machistes qui nuit à notre liberté »me d’u n homme. Le paternalisme lubrique n’est donc pas un mode de séduction mais « un système de domination masculine sexiste ». Une lecture com plém  entaire sur le paternalisme lubrique et sa tolérance sociale : Christine Delphy (coord.) : Un troussage de domestique (Editions Syllepse, Paris 2011)   Dans cette histoire, il y a une autre personne et c’est une femme

    2. « L’homme conquérant ». L’auteure y traite, entre autres, des codes de communication, de l’utilisation de l’humour et des ‘degrés’, des liens renforcés avec les autres (hommes), de la masculinité, de la légende « du désir masculin soudain, brutal, obligatoire », de la domination intellectuelle, de l’individu masculin comme référent et de la femme comme cas particulier, de l’illusion de l’offre sexuelle, de la morale puritaine « dont il faudra bien se débarrasser une fois pour toute », du « système patriarcal qui impose ses idées sur le corps des femmes, à la place de leur liberté », des fantasmes, des vêtements et du jeunisme, des ventes de « pseudo-pucelles » en Miss France, des conséquences de la hiérarchisation des qualités humaines suivant le genre.

    3. « La féminité marchandise ». Natacha Henry décrypte le mythe de la différence, le refus de l’égalité de fait et de la mixité véritable, les diktats de l’apparence, la mode comme renouvellent permanent des contraintes. Sur ce sujet, je rappelle le tout récent livre de Mona Chollet : Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine (Zones, Paris 2012)  L’omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d’elles-mêmes. 

      « C’est la récurrence des pratiques et propos machistes qui nuit à notre liberté »

       L’auteure complète par un ‘cas pratique’ : « les hôtesses, des formations aux jupes » avec l’apprentissage de la féminité instrumentalisée, la transformation des femmes en objets pour vendre, les liens entre rêves et objets publicitaires, la proximité factice.

    4. « Du coté des femmes ». Il y a une vrai difficulté à penser, identifier le paternalisme lubrique comme une composante du sexisme, du refus de l’égalité combiné à une « obsession sexuelle ». L’auteure souligne les éléments reproducteurs de la domination dans les « plaisanteries » masculines » et plus généralement des actions du paternalisme lubrique « il marque et sexualise la distance entre les hommes et les femmes, il agit comme une entrave ». Elle analyse aussi le « Faut-il répondre ?» et les stratégies de défense tout en démontant des accusations en retour : « Les féministes trop politiquement correctes », « Des féministes pas féminines », « La liberté d’expression ».

     

    Dois-je indiquer que cette présentation est à la fois partielle et partiale ? L’auteure multiplie les exemples concrets dans lesquels les femmes et les hommes ne manqueront pas de se reconnaître. Je la complète par trois autres citations :

     

    • « Ce manque de liberté, la sensation qu’on vous met un carcan et que vous ne savez plus comment bouger, toutes les femmes en ont fait l’expérience dans les espaces ouverts comme la rue ou les parcs, dans les transports en commun ou dans les espaces fermés comme les cinémas, les restaurants, les bars, les hôtels. »

    • « Opter pour la vulgarité est aussi un moyen de faire savoir aux autres qu’on a un sexe, qu’on y pense et que, bien sûr, on s’en sert sans problème. La masculinité est d’abord une affaire d’hommes, un attribut dont il faut sans cesse faire la preuve. »

    • « Le corps féminin est toujours l’objet d’un traitement ambivalent, qui à la fois le soustrait au regard et en même temps l’expose, qui le marque et le masque, qui l’entrave toujours »

     

    Natacha Henry interroge en conclusion « Dénoncer le paternalisme lubrique : un luxe ? ». Elle revendique cette « atteinte à un sujet tranquille » et indique « Tant que les femmes ne pourront pas se promener ou travailler en étant traitées avec respect, sans penser sans cesse à défendre, même en secret, leur espace intime, mental ou physique, il faudra condamner ces pratiques, ces sifflements, ces remarques inappropriées. »

     

    Une remarque, l’auteure écrit « Cependant, de nombreux hommes ainsi phallocentrés ignorent que leur attitude est répréhensible : pour eux, elle fait partie intégrante de la norme sociale », je ne suis pas convaincu de cette ignorance et je suis persuadé qu’ils savent, à un titre ou un autre, qu’en agissant ainsi, ils défendent des intérêts, leurs intérêts, contre l’égalité des femmes et des hommes.

     

    Natacha Henry : Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique

     

    Gender Company, Paris 2011, nouvelle édition revue et mise à jour, 170 pages, 14 euros

     

    Didier Epsztajn


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  • Invitation ciné

    Dimanche 19 Juillet à 15 heures, nous vous invitons à nous rejoindre à La Clémenterie pour découvrir ou revoir le film culte de Terry Gilliam : « Brazil »

    Comme d’habitude cette projection s’achèvera en débat/auberge espagnole

    Cette fiction pose selon nous une question humainement essentielle à savoir : à partir de quel moment un individu va-t-il juger qu’une situation est inacceptable ?

    http://www.last-minute-dvd.ch/images/Brazil.jpg

    À l'instar de 1984, Brazil aborde la problématique de la responsabilité individuelle dans un système totalitaire. La réplique lancée par l'ami tortionnaire de Sam Lowry, « Ne rends pas les choses plus compliquées que ce qu'elles sont », est à ce sujet fort éloquente. L'atmosphère générale qui se dégage du film — qui prête souvent à sourire vu l'absurdité des situations montrées et le jeu des acteurs (par exemple, l'intervention des plombiers des Services centraux, ou celle de Harry Tuttle) — est toutefois très différente de celle du livre.

    Ainsi Brazil se présente-t-il comme une admirable interprétation postmoderne des visées prophétiques de George Orwell. On y retrouve l'aspect dictatorial d'un empire bureaucratique auquel Sam Lowry, personnage principal, se trouve confronté. Alors qu'il se révolte progressivement contre le système — ce qui se traduit par le réalisme et la brutalité de plus en plus exacerbée de ses rêves —, il suit la trace de la femme qui le hante, Jill, qui se révèle être un personnage plutôt insoumis et irrévérencieux. C'est cette quête de la réalité qui éloignera Sam de l'illusoire ambition bureaucratique et lui opposera une prise de conscience et de recul dans la découverte de choses simples et fondamentales.

    « De prime abord, raconte Gilliam, Brazil s'intéresse à un fonctionnaire sans histoire, Sam Lowry, qui travaille au sein d'une énorme machine bureaucratique, le Ministère de l'Information, dont il devient rapidement la victime. C'est aussi l'histoire de quelqu'un qui ne prend pas la réalité au sérieux et qui perd trop de temps à rêver. »

     


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