• Les hommes préhistoriques étaient-ils pères au foyer ?

    Imaginez une famille, il y a deux millions d'années. Dans une grotte, une femme veille sur ses enfants tandis que son conjoint chasse.

    Elle attend que les hommes reviennent de la chasse pour satisfaire sa faim et nourrir sa progéniture. A en croire les paléontologues de l'université du Colorado et d'Oxford, cette version de l'histoire est erronée.

    Une récente étude publiée par le magazine Nature, menée par des universitaires anglo-saxons le révèle : les femmes australopithèques étaient bien plus mobiles que les hommes.

    L'australopithèque, aujourd'hui disparu, est considéré comme notre lointain ancêtre et cousin. Philippe Janvier, paléontologue au CNRS confirme que les femmes australopithèques étaient loin d'être casanières :

    « Elles se baladaient tout le temps, et énormément ! »

    La vérité vient de la bouche des australopithèques

    Les chercheurs de l'université d'Oxford et du Colorado ont étudié les dents de 19 fossiles d'australopithèques. Ils ont analysé la composition chimique de ces dents et du lieu où elles ont été trouvées. Les fossiles viennent d'Afrique du Sud, à une cinquantaine de kilomètres de Johannesburg.

    Les dents des hommes ont une composition chimique très proche de celle de leur environnement. Celle des femmes est plus diversifiée. Julia Lee-Thorp, paléontologue et professeur à l'université d'Oxford explique dans l'étude :

    « Ce que nous en déduisons, c'est que les femmes grandissaient quelque part et mouraient ailleurs. Nous nous basons sur un petit indice, c'est à peine une preuve, mais c'est déjà quelque chose. »

    Ces données nouvelles vont nous aider à comprendre le mode de vie des australopithèques, explique Sandi Copeland, anthropo-paléontologue à l'université du Colorado :

    « Notre vie, influencée par des pratiques culturelles récentes comme le mariage ou la propriété, n'a rien à voir avec celles de nos lointain ancêtres. C'est parfois difficile de nous la représenter. »

    Déconstruction des clichés

    Tellement difficile que nous aurions tendance à traîner des représentations entièrement fausses, selon la paléontologue auteur de « Le sauvage et le préhistorique, miroir de l'homme occidental », Marylène Patou Mathis.

    Elle juge l'étude parue dans la revue Nature intéressante, car elle aide à déconstruire les clichés autour des hommes préhistoriques :

    « Nous traînons une vision extrêmement simpliste ! Dès qu'une scène préhistorique est représentée, dans un film ou même à l'école, les hommes sont à la chasse et les femmes cuisinent.

    Nous n'avons aucune, je dis bien aucune, preuve archéologique pour décréter que les sociétés préhistoriques étaient organisées de la sorte.

    Les premiers anthropologues à s'être intéressés à la préhistoire sont nés au XIXe siècle en Occident. Ils ont calqué l'organisation de la société du XIXe sur la préhistoire. »

    La paléontologue explique qu'elle a constaté un hyper développement de l'humérus, l'os sollicité lors de la chasse, aussi bien chez l'homme de Néandertal que chez la femme de Néandertal. Selon elle, aucune preuve scientifique ne vient prouver que la chasse était le domaine réservée de l'homme.

    Les hommes voient loin, les femmes voient large

    Voilà de quoi faire valser les théories contemporaines basées sur un « héritage » qui daterait de l'époque préhistorique. Parmi les plus célèbres, celle selon laquelle les hommes voient loin et les femmes voient large.

    Les hommes, ex-chasseurs, auraient appris à regarder au loin pour guetter le gibier. Les femmes, elles, chargées de la protection des petits, seraient habituées à balayer largement les alentours pour repérer un éventuel danger.

    Défenseur de cette théorie, psychologue et auteur de « Cerveau masculin, cerveau féminin » (en pdf) Serge Ginger, refuse de tirer des conclusions :

    « Les hommes et les femmes voient différemment, c'est un fait. Si ce n'est pas à cause d'un héritage préhistorique, et bien c'est à cause d'autre chose. »

    « Ce sont des interprétations idéologiques »

    Si, à en croire les paléontologues, il est fort probable que les femmes australopithèques allaient voir du pays à la différence des hommes, un question reste en suspens : où allaient-elles ? Pourquoi bougeaient-elles ?

    Il est tentant de les imaginer en aventurières, pionnières du girl power version caverne, mais au même titre qu'on ne peut pas savoir si elles étaient de parfaites femmes au foyer, aucune preuve ne permet d'affirmer une telle chose.

    Les paléontologues ont très peu d'information sur les australopithèques : ces hominidés ont disparu environ un million d'années avant notre ère. Dennis Vialou, paléontologue et professeur au Muséum d'histoire naturelle regrette les interprétations idéologiques tirées d'études scientifiques :

    « Les analyses produites par les universitaires du Colorado et d'Oxford sont très intéressantes d'un point de vue biochimique.

    Mais les grandes conclusions qu'on en tire dépendent d'un point de vue idéologique. Que vous vouliez en faire une lecture féministe ou une lecture machiste, vous y arriverez ! »


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