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    Des fillettes dans des villages du Rajasthan, en Inde, le 30 août 2011 (Graham Crouch/The Elders/Flickr).

    Le mariage des enfants constitue une des traditions qui entrave les initiatives de développement sur de nombreux plans : l'éducation, la santé, la pauvreté et l'égalité. Pourtant, ce sujet n'est pas intégré dans le débat sur le développement et il est rarement évoqué par les instances décisionnaires.

    Ce serait nous cacher la vérité de croire que nous pouvons améliorer les conditions de vie des pays les plus pauvres au monde sans parler des pratiques traditionnelles nuisibles qui affectent encore des millions de filles et de femmes.

    En tant qu'avocates œuvrant de longue date pour l'égalité, nous saluons naturellement tous les efforts consentis pour la santé des femmes, l'éducation des filles et les programmes d'autonomisation des femmes dans la vie économique.

    Mais nous devons également nous demander pourquoi, malgré ces efforts, les progrès sont si lents. Nous sommes convaincues que cela est dû au fait que les initiatives pour le développement ne sont pas suffisamment axées sur les normes et les traditions sociales nuisibles.

    Le mariage des enfants n'est approuvé par aucune religion

    Peut-être est-ce parce qu'il est considéré comme appartenant au domaine familial et par conséquent privé, ou parce que le mariage des enfants est un problème de culture et de tradition, sur lequel les politiciens et les organisations caritatives hésitent à se prononcer. Naturellement, aucun d'entre nous ne souhaite être accusé de manquer de respect aux coutumes ancestrales.

    En tant que membres des Elders, un groupe d'anciens dirigeants mondiaux réunis par Nelson Mandela, nous reconnaissons qu'il s'agit là de sujets sensibles, mais nous n'acceptons pas qu'ils soient passés sous silence. Le mariage des enfants n'est approuvé par aucune religion.

    Il est le fruit d'une tradition, perpétuée par la pauvreté et par des règles sociales dominantes, qui estime la valeur de la vertu et de la fertilité d'une jeune fille, sans lui offrir la possibilité de développer d'autres voies qui pourraient être plus bénéfiques pour elle, ses enfants et sa communauté. Nous n'adhérons pas à l'idée selon laquelle les traditions sont immuables. Les traditions sont créées par les êtres humains et si elles sont nuisibles et obsolètes, elles doivent être modifiées.

    10 millions de filles dans le monde mariées avant l'âge de 18 ans

    Le mariage des enfants est une violation flagrante des droits de l'homme et l'une des principales entraves au développement. Si les leaders mondiaux, qui se réunissent cette semaine à New York, souhaitent véritablement faire avancer l'application et le respect des droits de l'homme dans le monde et combattre la pauvreté, il faut qu'ils commencent par parler du mariage des enfants.

    Il est stupéfiant de constater que chaque année, environ 10 millions de filles dans le monde sont mariées avant l'âge de 18 ans. Dans les pays en voie de développement, une jeune fille sur sept est mariée avant l'âge de 15 ans.

    En général, une fille mariée abandonne l'école si, par chance, elle en fréquentait une. Sa vie se résume ensuite à son mari et à sa maison. Les jeunes filles de moins de 15 ans ont cinq fois plus de risques de mourir en couches qu'une jeune femme d'une vingtaine d'années.

    L'accès aux services médicaux est un facteur (les mariages d'enfants sont plus fréquents au sein des communautés pauvres). Mais les jeunes filles dont le corps n'a pas encore atteint sa pleine maturité sont également plus vulnérables aux complications liées à l'accouchement, telles que la fistule obstétrique et elles courent plus de risques de mourir en couche.

    Le Sénégal et l'Ethiopie luttent contre le fléau

    Les enfants mariés sont présents partout dans le monde, mais plus particulièrement en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest, dans le sud de l'Asie du Sud et dans certaines zones du Moyen-Orient. Le Niger possède le plus haut taux de mariages d'enfants (76%), alors que l'Inde possède le nombre le plus important (elle dénombre plus du tiers des enfants mariés dans le monde).

    Au rythme actuel, 100 millions de filles seront mariées dans la prochaine décennie. Exclues du système éducatif et des autres opportunités de développer leur potentiel, elles et leur enfants seront enfermées dans la pauvreté.

    Un petit nombre d'organisations courageuses commencent à initier des procédures de changement qui fournissent déjà des résultats tangibles.

    En Ethiopie, des programmes gérés localement encouragent toutes les personnes concernées (parents, chefs de village, responsables religieux, professeurs et professionnels de la santé) à parler des risques liés à la grossesse précoce et des bénéfices que peuvent apporter l'éducation.

    Parallèlement, les jeunes filles peuvent bénéficier de conseils et de soutien lors d'ateliers organisés après l'école et les jeunes hommes peuvent recevoir des informations et des suggestions afin de traiter leurs femmes en égales. Au Sénégal, des centaines de villages se sont publiquement engagés à mettre fin aux mariages d'enfants et à l'excision.

    La plus grande génération de filles de l'Histoire

    Nous pensons que ce changement peut être mis en place en une génération seulement. Une femme qui se marie à 18 ans ou plus, qui a la possibilité de faire des études, de développer son estime de soi et ses compétences, sera beaucoup moins encline à marier ses propres filles très jeunes.

    L'humanité est désormais responsable de la plus grande génération de filles de l'Histoire. En mettant fin au mariage des enfants, nous pouvons aider ces jeunes filles à développer leur potentiel et contribuer à transformer les communautés à une échelle sans précédent. Nous devons pour cela commencer à en parler.

    L'ONG The Elders a présenté mardi 20 septembre 2011 à New York « Filles, pas épouses », un nouveau partenariat mondial qui réunit ONG internationales et associations locales pour mettre fin au mariage des enfants.

    Photo : des fillettes dans des villages du Rajasthan, en Inde, le 30 août 2011 (Graham Crouch/The Elders/Flickr).


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